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dimanche 11 mai 2014

Voyage vers soi

La première fois que je suis parti en voyage pour quelques mois, j’avais 23 ans. Je venais d’assumer mon homosexualité cinq mois plus tôt. Mon billet était pris pour la Thaïlande, le Laos, le Vietnam et le Cambodge. Quatre jours avant mon départ, j’accompagne deux amis à une soirée où un de leurs amis est présent. Je ne le connaissais pas. Il parle beaucoup. Je n’apprécie généralement pas particulièrement les nouvelles rencontres, car, même si de l’extérieur ça ne parait pas, ça me gruge beaucoup d’énergie. Peut-être est-ce parce que je veux faire bonne impression, ce qui me laisse moins être moi-même. La soirée est agréable et je retourne à la maison en voiture, à Mont-Saint-Hilaire. Il est 1h30 du matin. L’autre ami, avec qui ça ne connecte pas du tout avec moi, habite à Longueuil près du pont Jacques-Cartier. Celles et ceux qui connaissent le secteur comprennent que ce serait malpoli de ne pas lui offrir de le déposer à la maison. Seul avec lui dans l’auto, les 25 minutes nous obligent à discuter. Je me rappelle avoir dit que j’étais un gai triste. Ça voulait dire que malgré mon orientation sexuelle, j’avais envie de vivre une relation à long terme et possiblement éduquer des enfants. En déposant l’ami, il me dit « Si tu ne partais pas dans trois jours, je t’inviterais prendre un dernier verre. » Je lui réponds platement et avec ambigüité « Je pars dans trois jours… » Voyant que j’envoie des signaux très confus, l’ami pose la question directement « Veux-tu prendre un dernier verre? » Samuel et moi nous sommes revus chaque soir avant mon départ vers Bangkok ce mois de juin, sans promesse de s’attente pendant les trois prochains mois.

Mon premier voyage en solitaire a eu lieu peu de temps après une période plus difficile de ma vie – mais oh combien structurante pour la personne que je suis aujourd’hui. Ces semaines à découvrir des pays à la langue étrangère me permettraient de poser un autre regard sur la vie, de mieux comprendre l’Autre. Quelques jours après mon arrivée en Asie du Sud-Ouest, je réalise rapidement qu’un travail d’introspection profonde. L’illusion du voyageur en solitaire inexpérimenté, c’est celui de croire que ce moment sera l’occasion de se mettre sur pause et de penser à autre chose qu’à sa vie. Voyager hors de ses repères, seul avec soi-même, nous plonge au plus profond de notre personne. Alors qu’on croyait prendre une pause de notre vie, hors de nos repères, il ne reste plus que soi. On a tout laissé derrière nous, mais on a oublié que notre pensée, notre personne et nos obsessions nous accompagneraient. Elles sont là, et plus rien pour les cacher. On peut alors se fuir ou se laisser aller à un voyage intérieur. Pendant mon premier voyage en solitaire, j’aurai beaucoup appris sur l’Autre, mais, jamais autant que sur moi.

La semaine qui a suivi mon retour d’Asie, Samuel et moi nous sommes revus. Nous nous attendions sans nous l’être dit. Depuis, vous connaissez la suite…

Sept ans plus tard, j’avais cette fois très hâte de me retrouver seul avec moi-même en Finlande. J’ai appris à apprécier ces moments d’une rare intensité pendant lesquels une situation banale peut devenir euphorique et des tracas anodins nous rester dans la tête trop longtemps. En fait, on apprend à découvrir plus en détail les patterns de notre cerveau, plus difficilement décodables dans le quotidien. On prend aussi le temps de réfléchir à de nombreux sujets de notre vie. On remet en question des décisions, parfois pour les changer, d’autres fois pour mieux les assumer. On se fait le très rare cadeau de penser à soi pour ressortir plus fort de cette expérience.

Les quatre premières semaines de ce voyage auront été les miennes. En cette année pendant laquelle je porte les 30 ans, les sujets de réflexion ne manquent pas. La trentaine est-elle cette tranche du développement professionnelle? Comment est-ce que je vivrai ma vie comme père? Serai-je bon? Est-ce que je vivrai sereinement cette diminution de ma liberté personnelle au profit de celle d’un autre être humain? Est-ce que le rythme de vie que je mène au Québec est celui que je souhaite? Pourquoi après 7 ans suis-je toujours avec Samuel? Est-ce à mon âge qu’on se sent vieillir? Est-ce à cet âge qu’on devient adulte? Qui sont les gens importants dans ma vie? Quelles sont mes valeurs? Ces questions sont extrêmement saines. Toutes ne trouvent pas une réponse claire. Je ne prévois pas de changements majeurs dans ma vie à mon retour, mais je sens que je la comprends mieux, tout simplement.

En ce qui concerne Samuel, je crois que lui et moi avons pris gout à ces moments de distance. Ces semaines de recul nous permettent de réfléchir sur nous, et surtout, de laisser monter le désir de nous retrouver. Et, certainement que ça nous rappelle avec beaucoup d’émotion notre rencontre… Je l’attends avec impatience en juin!

Je rédige ces lignes pendant que ma mère et Michel dorment paisiblement leur première nuit en Finlande. Je réalise un rêve de longue date, celui de découvrir, accompagné de ma mère. Si on passe les 20 premières années de notre vie au domicile familial, les moments de qualité prolongés avec nos parents surviennent très rarement. Peut-être est-ce un rêve fou d’inverser les situations et d’à mon tour, apprécier le regard naïf de ma mère dans un nouveau monde, comme celui d’un enfant.

Il est 4h à Montréal, 11h à Helsinki. Je vais partir le café.


lundi 5 mai 2014

Visite libre et sport en plein air


En ce temps de vente et de location de maisons, de condos et d’appartements, je vous offre une visite libre de mon appartement. Je vis dans un grand deux et demi, à la mode européenne. Les logis en Europe, pour ceux qui y ont déjà vécu, sont en moyenne beaucoup plus petits que ceux en Amérique du Nord. Ce qui est fascinant, c’est que tout est adapté en conséquence. Si je vivais seul à Montréal, je serais parfaitement heureux dans mon espace actuel. Mais, vous verrez les photos, la peinture changerait de couleur!


Entrez donc dans le vestibule. Comme c’est la coutume en Finlande, je vous demande toutefois de vous déchausser et de laisser vos souliers sur le tapis ou dans les tablettes à chaussures. Tout autour, plusieurs rangements permettent de maximiser l’espace. Avant de vous laisser pénétrer dans mon intimité, je vous invite au salon. Prenez place sur le divan pendant que je vous sers un verre de vodka, une vodka authentique de la Finlande. Comme vous le voyez, ma cuisine y est intégrée. Et, malgré le format petit de mon appartement, beaucoup de rangements tapissent le mur. Les électroménagers sont adaptés en conséquence avec un mini-four et un réfrigérateur aminci! Prenez une gorgée que l’on jase un peu. Santé!





Venez plutôt vous assoir sur mon balcon, la lumière y est plus agréable. Vitré, il me permet de prendre de l’air en temps frais et d’ouvrir les fenêtres toutes grandes quand la chaleur se montre. Et, avec les 6 heures d’ensoleillement au plus creux de l’hiver, quand le soleil passe, on l’honore de notre présence! Pendant que vous buvez, potin potin! Voyez-vous comment de l’autre côté de la cour intérieure les voisins sont près de moi en face? Oui, c’est en effet très sympathique.



Pendant qu’on y est, verre à la main, on a le temps pour une petite histoire! Depuis mon arrivée, j’adore la liberté de mon appartement. Cependant, quand je m’y promène en tenue allégée, je crains que les voisins d’en face m’observent. Je me demande s’il est inapproprié que je me sente comme ça chez moi. J’ai eu la réponse il y a une semaine à la tombée du jour, à cette heure exactement. Quelle ne fut pas ma surprise de voir une voisine, de mon âge, en train de se changer! La lumière était suffisamment éclairante pour que je distingue parfaitement ses courbes, entièrement dénudée. De dos... J’aurais aimé que ce soit un homme, mais je me suis rincé l’œil pour toutes celles et ceux qui auraient voulu profiter de ce moment. Depuis, la question est réglée dans ma tête! Je reste discret chez moi. Mais, si quelqu’un regarde vers mon appartement, qu’on se plaise ou qu’on regarde ailleurs!

Bon, avec cette intimité partagée, je vous offre un rapide coup d’œil dans ma chambre. Il y a également un bureau, mais je préfère le grand espace du salon pour travailler. On  continue?



Ma salle de bain est de rêve. Celle de mon appartement à Montréal est très chaleureuse et ne manque pas de cachet avec la toilette et la douche en deux pièces. Mais, je découvre la joie d’une douche intégrée avec un drain directement au plancher. C’est très fluide comme désign. Oui, petite laveuse à gauche. Mais, la pièce maitresse de ma salle de bain, c’est sans contredit le sauna! Quand j’arrive à la maison, je démarre le sauna pour qu’il soit bien prêt 90 minutes plus tard. Les 80°C atteints, je me dévêtis et c’est le moment de grâce suprême… Plus rien sur le dos hein! Pendant les 15 minutes d’inertie et d’impassibilité, j’ajoute une louche d’eau de temps à autre pour entretenir l’humidité. Il faut bien savourer le moment, car à la sortie, c’est la tenue immédiate sous l’eau froide de la douche pendant une minute. Bon, je triche parfois pour 45 secondes… Pour profiter pleinement des bienfaits musculaires et psychologiques, c’est le passage obligé! Une fois ma minute sous l’eau froide terminée, brrr…, je m’enfouis le visage dans la serviette une autre minute et je sens mes jambes ramollir. Quel moment de grâce!



Bon, sois vous prenez une autre vodka et on part le sauna, soit je vous laisse repartir pour que je m’y rende sans plus tarder!



Dimanche 4 mai. Si mes dix premiers jours ont été frais, mais toujours ensoleillés, la dernière semaine nous aura donné des soubresauts météorologiques pour tous les gouts. Surtout les plus frais! Pluie, soleil, nuages gris, et… neige.

Si le soleil de mes deux premières fins de semaine m’a donné envie de sortir, je dois me forcer davantage cette fois-ci. Heureusement, lorsqu’on se promène dans les rues de Helsinki, on remarque rapidement que la ville est tout sport. On se convainc rapidement de sortir pour faire un peu d’exercice. À cinq minutes à pied de ma porte, j’accède au Parc central d’Helsinki. D’une longueur totale de 6 kilomètres au cœur de la ville, il couvre une superficie totale de 10 km2, trois fois celui de New York. Ce contact avec la nature d’une centaine de kilomètres de sentiers en pleine ville est un pur ravissement pour toute la population! On y fait du vélo, de la course à pied, du vélo, de la marche ou son jardin collectif. On découvre un centre équestre, un centre sportif, un terrain de soccer, un parc à chien ou du tir à l’arc. Mais, rien n’y parait de l’extérieur. Un havre de paix en pleine ville. J’adore particulièrement les modules de musculation en bois en plein air. Je fréquente souvent ceux à côté du centre équestre au retour du travail. J’admire l’accessibilité de tous ces sports dont les habitants ont bien voulu se doter à travers leurs élus. En allant jouer au badminton avec le père de Venla, chez qui j’habite, je lui ai manifesté combien j’apprécie la diversité de sports pratiquée par les Finlandais dans leur quotidien. Sa réponse mérite le mot de la fin.

Dans ce pays qui hiberne la moitié de l’année dans le froid et la noirceur, que veux-tu faire d’autre que du sport et apprécier le confort du sauna pour te réchauffer!



 



jeudi 1 mai 2014

Célébrer le printemps


Le 21 décembre, le soleil se lève à 9h23 et se couche à 15h13 sur Helsinki. Sa course dans le ciel se limite à l’horizon. Le 21 juin, le soleil se lève à 3h54 pour se coucher à 22h50. Le sommeil du soleil est de courte durée. La ville s’endort donc pendant l’hiver pour s’éveiller brusquement pendant l’été. Une frénésie s’empare du pays. En ce moment même, la période de dormance tire à sa fin pour laisser place à la reviviscence. Avril et mai font un don de 5 minutes d’ensoleillement par jour. Plusieurs témoignages en font preuve. C’est à ce moment même de l’année qu’il fait bon d’être en Finlande.

Samedi 26 avril. Après avoir presque terminé la correction des travaux de mes étudiants de la session d’hiver, je pars me balader dans la ville. Si je connais bien de plus en plus les environs du Paciuksenkaari 13b, là où j’habite, vers l’est et vers le sud, le nord-ouest reste encore un mystère pour moi. Habitué de me déplacer à vitesse de vélo pendant les jours de la semaine, je m’offre la découverte contemplative de la marche. J’emprunte donc le sentier qui donne vers l’ouest derrière mon appartement.

Après les quelques premiers 100 mètres, je découvre un plan d’eau auprès duquel les gens marchent, courent, restent assis, prennent le temps de savourer le moment avec un enfant. Je décide alors de suivre ce cours d’eau vers le nord. Les poissons doivent s’y balader allègrement à en voir l’atmosphère qui règne. Des citoyens préparent leur jardin collectif. Une petite marina attend ses premiers pensionnaires de l’été. Des gens boivent un café. Un couple, comme on en voit plusieurs dans la ville, fait de la marche rapide avec ses bâtons de randonnée pédestre. Bref, la ville savoure les moments passés à l’extérieur au soleil, malgré un fond d’air frais, dans des espaces de nature.



Quiconque venant à Helsinki ne peut pas faire autrement que de constater que c’est le paradis des oiseaux, à cette période de l’année du moins. Au même moment où les crocus fleurissent et que les tulipes sortent langoureusement du sol, une journée ensoleillée ne peut se terminer sans que le son des oiseaux qui habitent la nature de la ville nous reste en gazouillis dans la tête. On peut y entendre les pies, les corneilles mantelées, les grands (très grands!) corbeaux, les choucas des tours ou les merles noirs. On y reconnait les mésanges noires, les pigeons, les moineaux domestiques, les goélands, argentés,  bruns et cendrés. On s’étonne surtout, en pleine ville, sur des plans d’eau ou à proximité, de reconnaitre le canard colvert, la bernache du Canada – oui oui, elle a été introduite! – et le cygne tuberculé, ce majestueux cygne blanc. Bref, une marche en pleine ville peut rapidement se transformer en contemplation de la nature.

Dimanche 27 avril. Pendant la période ensoleillée de l’année, la Finlande se réveille et se plonge dans une suite ininterrompue de festivals. Le jeudi précédant ce dimanche, je roule à vélo pour me rendre à l’université, comme à l’habitude. Arrêté à un feu rouge, j’attends patiemment mon tour. La publicité sur l’autobus fait son effet. Je remarque Angélique Kidjo. En arrivant à mon bureau, je m’empresse de faire mes petites recherches. C’est le festival April Jazz dans la ville voisine, Espoo. Angélique Kidjo s’y donne en spectacle le dimanche 27 avril. Certains d’entre vous connaissent l’énergie qui se dégage à l’écoute de ses chansons. J’ai eu la chance de voir son dernier spectacle à trois reprises. Mais là, à la suite de la sortie de son nouvel album, Eve, j’ai l’occasion en or de pouvoir assister à son tout nouveau spectacle à Espoo, à 30 minutes de vélo… Sur l’heure du midi, les billets sont achetés!

Le sourire aux lèvres, je pédale jusqu’à Espoo, m’assurant d’arriver à l’avance pour avoir une excellente place. Si vous ne le connaissez pas encore, je peux avoir mon côté groupie à mes heures… Parmi les dix premiers à entrer, je découvre d’autres amoureux des rythmes de Kidjo qui ont l’air tout aussi heureuses et heureux que moi d’être sur place. Nous arrivons si tôt que nous entendons à l’extérieur du chapiteau géant la fin de la répétition. Une Finlandaise, seule avec son pantalon turquoise, semble appréhender autant que moi le spectacle.

Nous entrons enfin! Je réussis à me dénicher une place en avant. J’aurai dansé fatigué comme disent les Béninois. Je connais suffisamment Angélique Kidjo pour savoir qu’elle fait toujours monter sur scènes une vingtaine de spectateurs pour danser à la fin du spectacle, et surtout, pour que chacun s’exécute un après l’autre en solo devant son percussionniste sénégalais qui tape comme un dieu, sur ses percussions! Je veux y être pour l’énergie emmagasinée pour les jours à venir. À la fin du spectacle, je vous jure que ma chemise ne connaissait plus le qualificatif sec! Et, je me suis fait des amies finlandaises qui ont également dansé fatiguées. La première, m’a invité à participer ce vendredi à un souper collectif sur la méditation avec un grand chef spirituel indien. La seconde, la dame au pantalon turquoise, avait visiblement besoin de reparler du spectacle avec moi. Si je ne connaissais jusqu’à maintenant que la timidité des Finlandais, le April Jazz et Angélique Kidjo m’ont officiellement annoncé la saison des festivités dans le pays.



Jeudi 1er mai. Hyvää Vappua! Au Québec, la Fête internationale des travailleurs ne soulève pas beaucoup de vagues. Elle s’est fait damer le pion par le Fête du Travail en septembre. En Finlande, le 1er mai est tout un évènement! Cette fête marque la fête des travailleurs, le passage vers la belle saison et la graduation de milliers d’étudiants. Une ambiance de Nouvel An règne dans les rues!


Avec tant de raisons pour fêter, les festivités commencent la veille à Helsinki. Un rassemblement monstre prend place autour d’une célèbre statue de femme nue, Havis Amanda. Dans le premier quart du XXe siècle, un étudiant serait monté sur la statue pour la couronner de son chapeau de graduation. Ce geste a déclenché une tradition qui perdure encore, un siècle plus tard. Les étudiants se préparent plusieurs semaines à l’avance en confectionnant une salopette remplie d’écussons qu’ils porteront le 30 avril et le 1er mai. Comme cela, ils peuvent boire à leur guise sans se soucier de se salir. Mais, détrompez-vous si vous croyez que ce n’est qu’une fête de jeunes… Si seulement les diplômés portent la salopette, les adultes se remémorent la belle époque estudiantine en portant leur casquette, parfois jaunie.



À 18h, lorsque vient le temps de couronner Havis Amanda et d’ouvrir officiellement les festivités du 1er mai, tout le monde se promène dans les rues en buvant du champagne ou du mousseux. Sauf les touristes qui n’ont pas prévu le coup… Un air de carnaval s’empare des rues. Toutes les tranches de la population sortent. Les enfants font péter des pétards et mangent de la réglisse. Les adultes boivent. D’autres chantent. En fait, l’alcool permet tout simplement aux Finnois de perdre leur timidité.







Une envie d'uriner commune.

Autant de consommateurs représentent une occasion inouïe de faire des affaires pour d’autres. Depuis mon arrivée, je ne vois pas d’itinérants dans les rues de la ville. En fait, presque pas. À ma grande surprise, une population au teint foncé, visiblement pas d’origine finlandaise, semble vivre dans la rue. Ces gens contrastent avec le physique des Finlandais. On m’a finalement appris qu’il s’agit de Roms de Roumanie. Cette population nomade quitte la Roumanie au printemps pour aller un peu partout en Europe pour vivre les jours plus chauds à l’extérieur du pays. Hier et aujourd’hui, ils étaient un peu partout dans les grands rassemblements. Avec une consigne de 0,15€ pour les petites canettes, celle sur les bouteilles de champagne en verre, aussi consignées, doit mériter le détour.



Le lendemain du couronnement de Havis Amanda, le 1er mai, c’est le jour du grand piquenique dans le parc Kaivopuisto. Familles et amis se rassemblent par milliers avec plats préparés, BBQ, tente-moustiquaire, nappe, divan, jeux et surtout, une boisson alcoolisée mousseuse! Je m’y rends avec Anna, une collègue grecque de l’université. Nous déambulons dans le parc en salivant devant tous ces festins. Elle m’assure que comme touristes, les Grecs nous auraient rapidement invités à boire et à manger. À observer toutes ces scènes, je me sens comme un reporter sur les heures de travail. J’ai envie de boire! Anna et moi trouvons finalement un petit restaurant où savourer nos bulles. Exquises, elles m’attendaient depuis hier!

Havis Amanda en lendemain de veille. 


C'est parfois difficile de boire... 






Définitivement, mon coup de coeur! 



samedi 26 avril 2014

Justice sociale en éducation : le modèle qui enrichit un pays


Dans le dernier épisode. Jean-Philippe visite une école, arrive en retard et laisse son vélo déverrouillé. Que lui arrivera-t-il?

Mercredi 23 avril. Même si j’ai oublié mon cadenas dans le rangement au rez-de-chaussée de mon immeuble, je prends la décision de laisser mon vélo sur le support déverrouillé. Après tout, ma réputation auprès des enseignants qui m’accueillent et de la professeure qui supervise mon stage importe davantage.


L’école est grande. Je suis en retard de 6 minutes et je ne sais pas au pied de quel escalier je dois rencontrer Sirkka. Je ne sais pas où donner de la tête… Je fais donc un tour rapide de l’école pour trouver des escaliers qui m’inspirent un point de rendez-vous. Rien. Des enfants s’amusent toutefois dans la cour et deux adultes les surveillent. Peut-être pourront-ils m’aider? Je leur demande s’ils connaissent mon hôte. Pas à première vue… Peut-être aussi est-ce l’anglais… Merde! À ce moment, une dame sort de l’école et je la reconnais. C’est elle que la professeure Uitto m’a montrée sur photo.
- Bonjour! Jean-Philippe?
- Oui! Oui!
- Comme je ne vous voyais pas de l’autre côté de l’école, je me suis dit que vous m’attendiez peut-être de ce côté.
- Exactement!
- Je suis désolée, me dit-elle.
- Non, c’est moi qui suis désolé…
- Ça va, rien n’est arrivé!
Évidemment, tout cela se passe en anglais. J’ai de la chance! Mon hôte croit alors qu’elle n’a pas été assez précise dans ses indications. Elle se confond en excuses. Sauvé! Dire qu’à 11.00, j’ai failli rebrousser chemin définitivement!

Vue sur la bibliothèque.

Ce stress derrière moi, je rentre dans l’école. Le premier des deux cours auxquels j’assiste porte sur la division cellulaire, plus particulièrement sur la méiose et la mitose. Sept étudiants en enseignement de la biologie sont assis avec moi et l’enseignante de ce groupe au fond de la classe pour observer le cours donné par une stagiaire. Évidemment, je n’ai rien compris, sauf quelques mots reconnus et des schémas sur la cellule qui me sont familiers. Assister à un cours sans comprendre peut paraitre peu efficace à première vue. Cependant, c’est génial, car on oublie alors le contenu et on se replie sur le climat et les interactions entre l’enseignant et les élèves. Un monde qui n’est pas accessible à toutes celles et tous ceux qui comprennent la langue s’ouvre alors à nous.


Une fois le cours terminé, je vais manger à la cafétéria avec Sirkka, mon hôte officielle. Elle m’offre le repas, car les adultes doivent payer. Pour les élèves, le repas est gratuit. Les Finlandais ont décidé de donner une chance égale à toutes et à tous de manger un repas décent le midi. Cette mesure qui s’applique à l’ensemble du pays me fascine. Elle est pour moi un des premiers témoins phares de la justice sociale qui prévaut dans ce pays. Depuis mon arrivée, les signes d’une société qui a réellement choisi la sociale démocratie se multiplient. Je pourrais vous citer des exemples dans de nombreux domaines. Mais, aujourd’hui, deux exemples de choix de société dans le domaine de l’éducation attirent mon attention.


Avant toute chose, il importe de mentionner que la Finlande jouit d’une réputation de première classe en matière d’éducation. Depuis plus de dix ans, elle arrive au 1er rang de tous les pays occidentaux dans les grandes enquêtes internationales sur l’éducation (PISA). Un exploit! Des délégations de partout dans le monde viennent visiter ce pays. On les appelle les pèlerins de l’éducation. Deux pays asiatiques les surclassent. Cependant, ces pays sont reconnus pour étouffer les enfants dans des séances d’étude qui peuvent aller jusqu’à 23h. En contrepartie, la Finlande a choisi de mettre l’accent sur le plaisir d’aller à l’école et de ne pas mettre sa jeunesse sous pression. Les résultats sont tels qu’il y a quelques années, une panique générale s’est installée dans la population. Le taux de graduation au secondaire est passé de 97% à 95%. Faites vos recherches pour le Québec et vous tomberez à la renverse!

Je vous parlais donc de deux exemples qui retiennent mon attention dans ce modèle éducatif pour tous. D’abord, la Finlande possède strictement des écoles publiques. Il y aurait des écoles privées, mais elles seraient destinées à des vocations très particulières, comme des parents qui veulent que l’école de leur enfant ne contienne pas d’objets de plastique, que du bois. Ces écoles ne sont pas financées par l’État. Imaginez, un pays sans école privée, ou presque.

Loin de moi l’idée de juger les parents qui envoient leur enfant à l’école privée au Québec. J’en ai moi-même fréquenté une et j’ai adoré ces cinq années. Le problème, à mon avis, réside dans le fait que le financement et l’augmentation des écoles privées engendrent la diminution de la qualité de l’éducation dans les écoles publiques. Pour avoir enseigné dans des écoles publiques au Québec, je vous assure que d’être dans un groupe qualifié de régulier aujourd’hui a tout ce qu’il y a de moins régulier… D’entrée de jeu, les conditions d’apprentissage s’avèrent défavorables à ces élèves. On peut alors mieux comprendre pourquoi des parents choisissent l’école privée. Je ne les blâme pas. La faute revient toutefois au système, donc à l’État, qui encourage ces disparités entre les familles fortunées et moins fortunées. Je vous le garantis, en finançant les écoles privées, aucune mesure gouvernementale ne saura réduire de manière draconienne le décrochage scolaire, hantise de tous les ministres de l’Éducation. Les conditions de réussite se détériorent beaucoup trop dans le réseau public. Rappelez-vous le taux de décrochage scolaire en Finlande!

Le deuxième point que je souhaite soulever à l’égard du système éducatif finlandais est l’accès à l’enseignement supérieur pour tous. Ravivons 2012. En Finlande, l’éducation est totalement gratuite, de la maternelle à l’université. Au primaire et au secondaire, toutes les fournitures scolaires sont payées par l’État. Et, tenez-vous bien, les étudiants à l’université, en plus de ne pas payer de frais de scolarité, peuvent percevoir une allocation mensuelle de 400€ de l’État. Pour vous rassurer, oui, l’État peut mettre un terme à ces allocations en cas d’échec.

Ces découvertes m’ont replongé illico dans le Printemps étudiant de 2012. Celles et ceux qui me connaissent savent bien que j’étais dans la rue. Il y a deux ans, j’étais dans la rue parce que j’avais la conviction profonde que le Québec pouvait se permettre l’éducation gratuite, du primaire à l’université, parce qu’ultimement, ça représente une richesse. Tout dépend de nos priorités comme société. Le système financier ou la majorité de la population? Le cas de la Finlande ancre encore plus profondément cette conviction qu’il est possible de s’offrir la gratuité scolaire. Pourquoi? Tout simplement parce qu’ici, ce n’est pas un rêve de pelleteur de nuages comme au Québec, mais une réalité.

L’argument économique, vous l’attendez, il est là! La Finlande est reconnue pour la vigueur et la compétitivité de son système économique. Quel est le produit intérieur brut (PIB) annuel par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA)? La Finlande a un PIB (PPA) de 44 488$, alors que le Québec a un PIB (PPA) de 35 111$. Autrement dit, la Finlande a un PIB qui est plus élevé de 26,7% que celui du Québec, malgré la mise en place de multiples mesures de justice sociale dans la société. Traduction : plus de richesse par habitant en Finlande. Pour moi, la preuve est dorénavant faite qu’en diminuant les inégalités sociales, qu’en finançant davantage de programmes publics, un pays peut se porter mieux. Chez nous, plusieurs politiciens nous font peur en nous laissant croire le contraire. Pourtant, les revenus de l’État peuvent être augmentés au moyen des entreprises financières, des multinationales, des redevances sur les mines et sur l’eau, des abris fiscaux, etc. Autant de nouveaux revenus qui ne touchent pas la classe moyenne, mais nous pourrions bénéficier.

Il serait dommage de vous laisser tenter par la banalisation de cet exemple. Car, en effet, la Finlande ressemble largement au Québec, tant en terme de population que de climat ou de ressources naturelles. On peut donc difficilement se dire, « Oui, mais au Québec ce n’est pas pareil… » Non, ce n’est pas pareil, mais les similitudes sont beaucoup plus nombreuses que les différences.

Je ne saurais terminer ce billet sur l’éducation en saluant au passage la première annonce d’Yves Bolduc, notre nouveau ministre de l’Éducation, celui qui a le devoir d’être porteur d’espoir pour la jeunesse québécoise, qui comme première annonce officielle nous a parlé de compression de postes.

Puisque cet article soulève d’importants enjeux de société, je vous invite à le commenter. Si vous ne savez pas comment, j'ai ajouté une section explicative dans le haut du blogue. N’hésitez surtout pas à manifester vos désaccords et vos nuances, car après tout, la vraie politique se trouve dans les échanges entre nous, les citoyens.

Ah oui! Mon vélo m’a attendu sagement jusqu’à ma sortie de l’école, je l’adore!

Jean-Philippe xxx

Postscriptum. Pour une fabuleuse entrevue inspirante sur la sociale démocratie en Scandinavie, je vous invite fortement à écouter cet entretien : http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2013-2014/chronique.asp?idChronique=335307

Postscriptum II. Pour être averti de la parution des nouveaux articles, inscrivez votre courriel dans la rubrique de la marge de droite. N'hésitez pas à partager le blogue!